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Low-cost : l’approche de la guerre par les coûts

février 4th, 2010 · 6 Comments · Militaire, Olivier Kempf/EGEA, Stratégie, Thème du mois, Économie

Je vous ai dit que le thème du mois m’inspirait beaucoup. Commençons donc à examiner à quel point il est fructueux.


lowcost_attitude

Qu’est-ce que le low-cost ? Selon une perception courante, il s’agit d’offrir des biens à des prix bas avec une qualité plus ou moins légèrement réduite : le consommateur jugeant la différence de prix supérieure à la différence de prestation. Il s’agit donc d’une offre nouvelle destinée à répondre à une demande privilégiant le facteur du prix. Cette offre est possible grâce à une compression des coûts de production et de distribution.


Enfin, le low-cost se développe parallèlement à la croissance du luxe, tant en chiffre d’affaire qu’en volume selon une double direction : une démocratisation du luxe (tout le monde a une pochette Vuitton) et, simultanément, un agrandissement par le haut de la gamme du luxe (avec l’apparition d’un ultra-luxe). Ces considérations aident à comprendre la notion de « guerre low-cost », en se posant plusieurs questions :

  • en la matière, qui est le producteur ?

  • et donc, qui est consommateur ?

L’opposition entre deux belligérants répond-elle à cette articulation offre-demande, chacun étant tour à tour producteur et consommateur ? Ne faut-il pas d’ailleurs aller encore plus loin et distinguer à l’intérieur de chaque fonction : par exemple, le consommateur étant à la fois l’armée, le pouvoir politique et la population (pour reprendre une trinité fameuse), le producteur étant à la fois le fabricant et le distributeur ?


Le low-cost répondant à un haut de gamme, quel est le haut de gamme en matière militaire ? La guerre ultra technologique ? Mais s’agit-il de la possession d’armements dits classiques (chars, avions, frégates, sous-marins) ou de dimensions nouvelles (espace, cybernétique de haut niveau – défensif et offensif -, nucléaire, missiles de croisière, etc) ? Ce qui suggérerait la répartition entre le haut de gamme et le très haut de gamme…


Dès lors, existe-t-il un milieu de gamme ? S’agit-il du tout venant des opérations, entre maintien de la paix (Balkans, Liban, RCI, Tchad) et sécurité intérieure (protection du territoire national, forces de présence, action de l’état en mer, Vigipirate,…) auxquelles il faudra ajouter, dans le cas français, une dissuasion qui serait la partie haute de ce milieu de gamme.


Cette présentation permettrait surtout, si elle était systématisée, de dépasser le vain débat sur la guerre asymétrique, irrégulière, bâtarde, au sein des populations. Elle permet surtout de se poser la question des coûts, mais aussi des acteurs. Nous y reviendrons. Déjà, dites-moi ce que vous en pensez…


Olivier Kempf, EGEA


LOWCOST ATTITUDE. L’irruption du modèle Low Cost, « pavé dans la mare » de la publicité TV. Jean-Paul Tréguer & Rodolphe Muller (éditions La Factory : 176 pages, 20€TTC)

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6 Commentaires jusqu'à présent ↓

  • MGN

    C’est un angle particulièrement intéressant.

    Je m’interroge sur cette notion de gammes, est-ce qu’elle réside dans la possession d’armements/technologies ou de capacités ?

    Par exemple, la capacité à projeter et soutenir des forces conventionnelles sur plusieurs théâtres extérieurs, même si elle est au cœur des doctrines des armées modernes, ne relève-t-elle pas dans les faits, du haut de gamme (coût des opérations) ?

    L’emploi de forces spéciales pour mener des opérations de mentoring/pré-invasion (Afghanistan 2001-02), relativement peu coûteux, relève-t-il du haut ou du milieu de gamme (capacité recherchée par de nombreuses armées, mais pas toujours atteinte) ?

  • Olivier Kempf

    J’aurais tendance à dire que la capacité à projeter, certes coûteuse, n’engage pas la mobilisation de moyens technologiques de haute qualité, mais plutôt l’adaptation de moyens courants à de nouveaux emplois. Ce serait donc dans le milieu de gamme. La gamme étant à la fois une combinaison du coût, mais aussi de la technologie. (et d’autre chose, comme on le verra plus loin).
    Un drone, un robot : milieu ou haut de gamme ? plutôt haut de gamme, selon les critères évoqués.
    Forces spéciales : pas tellement de technologie, mais énormément de know-how (enfin, théoriquement car on appelle tout et n’importe quoi de la force spéciale : mais ceci appelle un autre billet). Bref, de la très haute qualification : donc du haut de gamme.
    Mais attention, je ne suis pas sûr des critères, encore moins de leur application… Nous sommes encore dans les hypothèses, dans l’élaboration de l’idée…
    Dernière remarque, votre première question sur la possession de technologie ou de capacités touche du doigt un point fondamental. En effet, le mot capacité est souvent mal appréhendé, et je ne suis pas sûr de l’avoir tout à fait compris. Restons dans un cadre français (car en anglais, les choses sont légèrement différentes). Une capacité est à la fois un équipement, les hommes entraînés à le servir selon une doctrine d’emploi, et pour un effet donné. Il y a donc une dimension technologique (ce qui explique que souvent, on considère la “capacité” comme la procédure technico-financière d’élaboration et d’acquisition d’armement, en clair entre le CEMA et le DGA) mais aussi une dimension opérationnelle. Selon cette compréhension large, la gamme relève évidemment de la notion de capacité et pas seulement de la dimension technologique.
    égéa

  • JGP

    Il sera peut-être difficile de raisonner de façon unidimensionnelle sur cette notion de gamme.

    Par ailleurs, de façon plus annexe, le modèle low cost, notamment dans le secteur des services, implique souvent une surfacturation du client pour toute prestation optionnelle unitaire. Ce qui a mon sens touche deux aspects :
    1 - une hyperstandardisation sur le processus coeur et les fonctions indispensables
    2 - la capacité à découper très finement le catalogue des possibles (une modularité, mais qui reste somme toute assez rigide)

  • SD

    La notion de gamme est intéressante dans le cadre de produits formatés qui peuvent être de qualités plus ou moins importante. Il est possible de déterminer des gammes sur les avions de chasse à l’instar de ce qu’il existe sur les voitures. La gamme renvoie à des matériels de même type. Dans le domaine de l’armement, la répartition des programmes dans le temps long brouille un peu cette notion de gamme qui me semble pourtant pertinente. Par ailleurs, il faut avoir une optique dynamique des gammes. Le haut de gamme d’une époque n’est pas celui de la génération suivante. Un avion Corsair au top de la technologie durant la seconde guerre mondiale n’est qu’un vieux coucou déclassé de nos jours.
    Pour ce qui est du type de guerre, la notion de gamme me semble moins pertinente car l’on est vite amené à comparer des moyens, des voies ou des objectifs hétérogènes. De plus, la gamme implique de pouvoir quantifier. Je ne sais pas quantifier la guerre et la qualifier est déjà difficile. La notion de gamme ne s’applique pas, selon moi à la stratégie. Par contre, la notion de valeur a du sens : cible à haute valeur par exemple.
    En définitive, le low cost semble renvoyer à la notion de gamme plus ou moins élevée pour ce qui est quantifiable (de manière objective et absolue) et/ou à la notion de valeur (subjective et relative) pour ce qui est qualifiable.
    Il est bien évident que ces notions méritent d’être affinées ou débattues. Personnellement, je ne suis pas encore complètement au clair …

  • JGP

    Le questionnement d’Olivier sur l’identité du fournisseur et du client me paraît essentiel pour parler de gamme.

    Si le client est le politique ou même l’opinion publique, ce n’est pas le critère technologique ou même capacitaire qui va l’emporter. Mais évidemment la question se complexifie car il devient plus difficile de quantifier le “niveau de service”. Ou alors elle prend de la hauteur…

  • égéa

    D’accord avec JGP (et pas JPG, non mais) : La gamme doit être considérée selon le rapport entre producteur et consommateur, ou fournisseur client.
    D’accord également pour dire que c’est évolutif, notamment dans le temps : mais il en est ainsi de tout produit incorporant de la technologie. L’objection est exacte, mais éclaircit peu le débat : la notion de gamme est-elle pertinente à un instant T ? examinons d’abord en statique, avant le dynamique, c’est de bonne méthode.
    Enfin, SD a parfaitement raison en introduisant un mot clef : celui de valeur : mais vous avez là la thématique de mon prochain billet, qui tournera autour de ce mot : qu’est-ce qu’une valeur à la guerre?

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