Permettez-moi tout d’abord de renouveler mes vœux pour cette nouvelle année : que tous vos projets, personnels et professionnels se réalisent et vous apportent les satisfactions que vous en espérez, avec la santé de fer qui est nécessaire pour suivre le rythme…

Meilleurs vœux également à Alliance Géostratégique et à ses blogueurs : le succès que vous nous accordez ne se dément pas, avec 93 000 visites en décembre, ceci après moins d’un an d’existence… L’entretien du Général Abrial a été bien sûr le point fort de cette ascension que nous espérons bien poursuivre en votre compagnie, et grâce à vous.
Grâce à vous, à plusieurs titres : par votre lecture régulière et toujours plus nombreuse, tout d’abord, par vos commentaires ensuite qui permettent d’animer le « débat » ; et enfin par vos contributions écrites, puisqu’il apparaît que la stratégie est une discipline exigeante qui nécessite d’être couchée (sur le papier) pour pouvoir s’exprimer clairement…
Les sujets de billets sont bien évidemment libres ; toutefois, vous le savez, nous souhaitons orienter chaque mois la thématique même si elle n’est pas obligatoire. Aussi, pour commencer l’année, nous a-t-il semblé important d’évoquer « l’Europe après Lisbonne ».
Nous n’avons pas voulu réduire le sujet à « l’Europe de la défense », même si c’est évidemment la première chose qui vient à l’esprit : la nouvelle PSDC (Politique de Sécurité et de Défense Commune) trouvera-t-elle les voies de son expression ? Quel mécano organique faut-il envisager à Bruxelles, entre les nouveaux acteurs (MM. Barroso, van Rompuy, Mme Ashton) ? Comment travaillera le futur Service Européen pour l’Action Extérieure (SEAE) ? Comment y intégrer (le faut-il ?) les structures existantes : Direction de Planification et de Gestion des Crises (CPMD), Capacité Civile de Planification et de Conduite (CPCC), État-major de l’UE (EMUE), Centre de Situation (SITCEN) ? Quels liens prévoir entre le haut-représentant et le président du comité militaire ?
L’Europe après Lisbonne, c’est également la question de son unité : elle est arrivée divisée au sommet de Copenhague, alors qu’elle possédait des positions de force; l’échec de la conférence fut d’abord celui de sa désunion. Celle-ci va-t-elle s’accentuer avec Lisbonne, surtout si les conservateurs eurosceptiques arrivent au pouvoir en Grande-bretagne ? Le moteur franco-allemand, qu’on nous dit repartir, sera-t-il aussi vigoureux qu’espéré ? Faut-il relancer le triangle de Weimar (Paris-Berlin-Varsovie) comme le soutien à Mr Westerwelle, le nouveau ministre des affaires étrangères allemand ? Faut-il au contraire accepter cette faiblese apparente, qui est au fond le vrai point fort de l’Europe ?
L’Europe après Lisbonne, c’est enfin celle de ses relations avec le monde. La direction est-ouest est la plus évidente : quel partenariat inventer avec la Russie (discussions de sécurité européenne, réforme de l’OSCE, traité FCE, gazoducs, etc) ? Quelle relation avec l’Amérique, finalement bien éloignée malgré toutes les protestations, et alors que l’Europe la suit sans enthousiasme en Afghanistan ? Mais c’est aussi l’axe nord-sud : au nord, tout d’abord, trop souvent négligé alors que le cercle polaire apparaît le centre de tous les intérêts et que l’Europe l’ignore; au sud, évidemment, avec l’inévitable question de l’avenir de l’UPM, de la question israélo-palestinienne, de la question turque, de la question chypriote; mais aussi des rapports avec l’Afrique ou l’Amérique du sud, qu’il faudrait réinventer…
Autant de questions diverses, où chacun trouvera forcément matière à penser, à réfléchir à haute voix : car au fond, un blog ou plutôt « un blogzine » comme AGS constitue l’outil moderne des sociétés savantes d’autrefois, quand les grands esprits (vous, donc), se rencontraient pour penser le monde.
Cette liberté courtoise de penser est, en fin de compte, le seul objet qui nous anime.
O. Kempf, EGEA
Président d’Alliance Géostratégique
PS : Envoyez vos contributions (documents Word/OpenOffice) à notre administrateur web et/ou à notre rédactrice-en-chef.





JGP // jan 4, 2010 at 19 h 10 min
J’aimerais quelques développements sur la “faiblesse apparente, qui est au fond le vrai point fort de l’Europe”.
C’est quand elle paraît faible en tant qu’organisation supranationale, i.e. désunie et sans voix, que sa puissance (hard ? soft ?) s’exprime le mieux ?
EGEA // jan 4, 2010 at 21 h 32 min
Eh! j’étais sûr que cela susciterait des questions !!!! Tu as dégainé rapidement, l’ami !
Mon propos (mon intuition, en fait, mais puisqu’on parle de débat, émettons des hypothèses et discutons-les) consiste à dire que les “structures” (organisations, organigrammes, responsables, affichages, …) sont très 1.0, 20° siècle, has been ; et que l’informel, l’influent, le 2.0, le 21° siècle a plus d’avenir.
Bref, que d’une certaine façon, ce qui est intéressant dans la construction européenne tient, d’une certaine façon, à la faiblesse de ses structures (mais pas de ses instruments) ; que du coup, personne ne la prend vraiment au sérieux, sans apercevoir l’influence réelle qu’elle peut avoir. Et que c’est ce qui fait sa vraie supériorité sur l’Otan, calcifiée (et encalminée) dans une “structure” qui produit plus de vide qu’autre chose.
Immédiatement, vient l’objection : je suis le premier à évoquer le SEAE, l’EMUE et autre SITCEN ; et simultanément, je suis aussi le premier à affirmer que la vraie valeur ajoutée de l’Otan tient justement à sa structure, qui force une interopérabilité concrète des officiers et sous-officiers qui, chaque jours, y travaillent.
Paradoxe, dont chaque proposition est discutable : mais n’est-ce pas le but d’une introduction que de lancer le débat : en clair, la puissance à l’ancienne est-elle encore une notion pertinente aujourd’hui ? corolaire : l’Europe doit elle copier les vieux modèles de puissance ou n’est-elle pas en train, inconsciemment, de trouver un nouveau modèle de … “poids mondial” (admettons ce mot comme succédané de puissance).
OK
Kouak // jan 5, 2010 at 0 h 45 min
Ce qui reviendrait à utiliser, réductif, de puissance par la norme.
Ce qui parait logique, puisque le modèle de l’Union Européenne est unique au monde. Les autres organisations régionales sont à dominance économique.
Donc si oui, l’UE est une nouvelle forme d’acteurs de part ses attributions mais aussi de ses limites, elle reprend des éléments éprouvés de puissance. Si son intégration politique, et donc militaire, n’est pas aboutie, il n’en reste pas moins que c’est la première puissance économique mondiale, associée au troisième foyer de peuplement de la planète après la Chine et l’Inde.
JGP // jan 5, 2010 at 8 h 45 min
@ Kouak : Oui, le modèle de l’UE est unique en son genre. Par contre, même si son niveau d’intégration et de cohésion est encore limité, l’OCS est un exemple d’organisation interétatique “régionale” non centrée sur l’économie.
Si la somme des PIB des différents états membres est supérieure au PIB des USA, du Japon ou de la Chine, peut-on pour autant parler d’une “économie européenne”, ou pour le moment de “juxtaposition d’économies nationales” certes interpénétrées ? Les attitudes des Etats favorisent encore énormément le cloisonnement et la souveraineté nationale, notamment, car on est sur AGS, en ce qui concerne la BITDE, simple concaténation, selon les mots de l’AEUO, des BITD nationales.
Pour provoquer un peu, ça me fait un peu penser à ce parlementaire européen qui expliquait, au lendemain des JO de Beijing, que l’UE était la première “puissance” sportive du monde, au vu de la somme des médailles des différents membres. Il oubliait juste de préciser que si l’UE était une entité unique reconnue par le CIO, elle aurait eu environ 10 fois moins d’athlètes dans chaque discipline, et qu’il aurait fallu au préalable réaliser des sélections intra-européennes ;-)
@ EGEA : l’UE a peut-être des structures “faibles”, mais commence à se doter d’institutions, de cadres législatifs et de processus de fonctionnement pléthoriques. Faut-il continuer à les développer et en parallèle mener des shadow opérations d’influence ?
Quand tu dis “personne ne la prend au sérieux”, est-ce valable aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de son territoire ?
L’air de rien, un minimum d’unité, de leadership et d’affirmation semblent nécessaires dans les deux sphères. Les exemples de Copenhague et de Galileo le rappellent de façon criante sur deux sujets différents. D’autant qu’en face, que ce soit les USA, la Russie ou la Chine, la volonté politique (et donc la capacité d’alignement des efforts et moyens) est bien là, mais peut-être cela correspond-il à un modèle “has been”…
Et puis j’ai le souvenir d’un blogueur disant quelque part que sans hard power, pas de soft power…
En passant, on parle d’Europe après Lisbonne, mais n’y a-t-il pas eu il y a quelques années un “agenda de Lisbonne” sur l’économie numérique dont les suites ont donné lieu à des objectifs concrets pour 2010. Où en est-on aujourd’hui (vraie question) ?
Electrosphère // jan 5, 2010 at 10 h 26 min
Jacques Attali se lâche sur l’Europe dans “Sortir de l’Histoire” à l’adresse suivante :
http://blogs.lexpress.fr/attali/2010/01/sortir-de-lhistoire.php
Plutôt pertinent dans l’ensemble. Sur le côté très procédurier, trop bureaucratique des débats sur l’Europe, je suis tout à fait d’accord.
Ca vire trop souvent à de la masturbation intellectuelle… Et le traité de machin, et l’accord de bidule, et la directive de chose… P…n, c’est c…t ! Et surtout ça ne passionne pas les foules qui le rendent bien : la désertion des élections européennes.
Loin de moi toute idée insinuant que l’Europe soit un concept nul. Sûrement pas moi.
Mais, faudra un jour que l’Europe, ou du moins son marketing institutionnel, sorte un peu de ses délires aussi rébarbatifs qu’aseptisés et s’invente un truc plus porteur collectivement, un équivalent européen du “rêve américain” en qq sorte. Le rêve américain a certes ses défauts, mais il porte tant l’américain natif (= né sur le territoire US) que le futur/nouveau migrant.
C’était un flash totalement subjectif (j’assume),
Cordialement.