Les bombes de fortune (IED / EEI) sont le thème de décembre sur AGS. Ceci m’amène à quelques réflexions, en se plaçant de points de vue successifs (article publié simultanément sur EGEA).

1/ Du point de vue militaire :
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avantage pour l’attaquant : surprise et facilité. Inconvénient : effet finalement marginal, efficacité aléatoire.
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inconvénient pour le défenseur : insécurité permanente, faible moral. Avantage : harcèlement marginal, faibles pertes.
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niveau tactique : l’affrontement se déroule toujours au niveau le plus petit, le plus local. Éparpillement structurel.
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niveau opératif : guerre sans « bataille ». Or, selon Clausewitz, les belligérants doivent rechercher la bataille. Impossibilité d’agréger l’ennemi. Initiative à l’attaquant.
2/ Du point de vue stratégique : l’utilisation de la bombe de fortune est-elle l’aboutissement de la guerre asymétrique ? C’est ce qu’on a tendance à croire. A noter toutefois le vocabulaire utilisé jusqu’ici : « l’attaquant » est celui qui pose l’IED, ce qui est exact au niveau tactique. Mais au niveau stratégique, les talibans se présentent plutôt comme des « résistants », donc comme des défenseurs. Toutes choses égales par ailleurs, l’image de la résistance en France pendant le deuxième guerre mondiale permet de comparer les choses. Et puisque tout le monde cite Galula et Trinquier, théoriciens de la COIN après la guerre d’Algérie, il ne faut pas oublier que le discours du FLN se présentait comme l’héritier de la résistance à l’oppression allemande. Ôter l’arrière-plan historique, et considérez le mot « résistance » dans sa simple acception physique, comme le frottement « résiste » au roulement de la bille. La bombe de fortune ne serait que le frottement. Ce n’est pas elle qui, seule, permet de vaincre.
3/ Du point de vue conceptuel : peut-on penser l’IED en dehors de ce cadre asymétrique ? J’ai l’intuition (mais laisse Charles Bwele / Electrosphère y répondre, lui qui théorise brillamment les lois de la guerre cybernétique, voir ici, ici et ici) qu’il y a un parallélisme des formes avec d’autres milieux : ce qui vient immédiatement à l’esprit est le milieu cybernétique, où le concept de « bombes de fortune » pourrait être démontré avec pertinence… Charles, à toi de poursuivre ta grande encyclopédie de la cyberstratégie.
4/ Du point de vue technologique, je ne suis pas sûr que l’improvisation soit si nette: la bombe est-elle autant « de fortune » que cela (cf. le thème des guerres bâtardes d’Arnaud de La Grange) ? Par ailleurs, il y a moyen de trouver des contournements technologiques (je crois d’ailleurs qu’il y a un rapport du Conseil scientifique de la défense sur le sujet, mais je n’ai pas trouvé la référence sur Internet). Il semble ainsi qu’il y a aujourd’hui un certain nombre de dispositifs qui permettent l’adaptation technologique aux nouvelles conditions. On serait ainsi revenu à des dispositifs filaires, les explosions télécommandées par téléphone cellulaire étant « découvrables » par les contre-mesures technologiques. Conclusion : la bombe de fortune n’est qu’un moment de la guerre, elle sera forcément dépassée par adaptations réactives des deux côtés.
5/ Du point de vue médiatique et de la guerre psychologique : la popularité avec laquelle le mot « IED » s’est répandu est un signe de l’importance médiatique du procédé. D’une certaine façon, plus que l’arme de terrain, on préfère utiliser l’arme d’information. En effet, le sabotage est une arme aveugle, qui est donc efficace à l’articulation entre le politique (le peuple) et le militaire. C’est d’ailleurs cet aveuglement qui en fait le prix. Déjà qu’on a du mal à admettre des tués en opération lorsqu’ils sont le fait d’un affrontement classique (Ouzbine), alors quand il y a de plus « injustice » : la réintroduction du sort et du hasard dans les destinées est une chose particulièrement insupportable aux esprits occidentaux. Là réside la vraie asymétrie : non dans les moyens, mais dans l’utilisation de la fatalité.
De ce point de vue, la meilleure défense contre les bombes de fortune serait de réapprendre le hasard…
Olivier Kempf, EGEA





Kouak // déc 27, 2009 at 16 h 38 min
Des bombes improvisées, il y en a toujours eu. Les premières bombes larguées d’avion n’étaient que des obus d’artillerie ou des grenades. Ce qui est une improvisation.
Même la mine antichar de “Il faut sauver le soldat Ryan” à base de graisse, chaussette, explosifs et mèche en est aussi un exemple.
La bombe de fortune n’est que la mine du pauvre (mais d’autant plus dangereuse que sa production et les procédures de déminage qui en découlent ne sont pas standardisées), d’un point de vue strictement militaire c’est de la contre-mobilité. Soit un concept partagé dans les 2 camps. Je rends tes déplacements aléatoires en posant des EEI d’un coté, de l’autre j’occupe le terrain pour que tu ne puisses le traverser.
En ce qui concerne les mesures pour atténuer l’effet des EEI, revisionner Transformers m’a fait songer au fait que le Buffalo est un gros engin. D’ailleurs n’est il pas trop gros ? Des robots ne seraient pas plus efficaces, plus petits plus chers et donc plus facilement disponibles pour ouvrir les itinéraires ?