Alliance Geostrategique

Alliance Geostrategique header image 2

Thème de décembre : « les bombes de fortune » (IED)

décembre 1st, 2009 · 6 Comments · Armement, F. de St V./Mars Attaque, Industrie, Militaire, Stratégie, Sécurité, Technologie, Thème du mois

Après un riche débat sur le nucléaire et des contributions extérieures remarquées, Alliance Géostratégique se félicite de ce mois de novembre, prouvant un peu plus qu’elle trouve pleinement sa place dans la réflexion francophone sur les questions stratégiques.


Le thème de décembre 2009 est consacré aux « bombes de fortune » et autres IED (Improvised Explosives Devices) ou EEI en français (Engins Explosifs Improvisés)… Traduction mot à mot et si peu élégante : c’est pourquoi à AGS, nous choisissons « bombes de fortune », même si nous avons été tentés par les « fougasses des sapeurs. »


ied

IED doit être un des acronymes militaires dont la signification n’est plus connue uniquement par les seuls spécialistes ou amateurs éclairés des questions de sécurité et de défense. En effet, les opérations en Irak et en Afghanistan ont participé à la vulgarisation médiatique d’une catégorie de ses IED à travers des vidéos spectaculaires prises sur « les autoroutes de l’enfer » irakien : la route se soulève littéralement sous l’effet du souffle d’une roadside bomb, de lourds véhicules blindés sont détruits, leurs occupants choqués, gravement blessés ou tués.


Illustration parfaite de la dimension asymétrique des conflits contemporains (dans ses finalités, ses impacts, ses voies ou ses moyens), l’emploi de ces mortelles menaces est un mode d’action qui ne peut être étudié uniquement à travers des analyses simplistes. Il y a dans ces systèmes issus de l’intelligence meurtrière humaine et dans la riposte non moins habile mise en place pour les contrer du global, de l’inter-armées, de l’interministériel (interservice en anglais), de la stratégie, de l’opératif, du tactique, du politique, du multisectoriel, du temporel, du directionnel, etc.


Les problématiques sont ainsi extrêmement variées faisant espérer de passionnantes réflexions. Non exhaustives, les questions suivantes peuvent être de futures pistes :


  • La menace IED n’est elle pas aujourd’hui un facteur dimensionnant (à tort ou à raison) de la stratégie militaire des forces occidentales ? Quant on observe les efforts humains et budgétaires consentis en termes d’équipements (MRAP, brouilleurs, etc.), de structures (Task-Force anti-IED spécialisée), de doctrines, etc ?

  • L’IED n’est-il pas l’arme ultime du faible au fort, du pauvre au riche ? D’un coût modique de fabrication, il permet de détruire des véhicules de plusieurs milliers de dollars tout en s’assurant un fort retentissement du fait de sa répétition. Son emploi dans d’autres champs d’application (hors du domaine terrestre) est-il envisageable avec les mêmes effets ? Est-il possible de le retourner contre ses utilisateurs principalement les insurgés ?

  • L’adaptation de la Force face à cette menace évolutive (déclenchement filaire ou par ondes radio, accroissement de la masse d’explosifs, emploi du high-tech ou du low-tech, etc.) est un excellent exemple d’un cycle action-réaction qui a lieu dans toutes les oppositions de volontés.

  • Les exemples plus ou moins récents (Irak, Afghanistan, Liban, Intifada, Irlande du Nord, etc.) ne manquent pas pour illustrer ce combat historique de « l’explosif contre la cuirasse » (cf .article du CEMAT dans le dernier numéro de la Revue de Défense Nationale).

  • Mettant à mal « la résilience des machines » (la vilaine expression !), qu’en est-il de la résilience des hommes et des institutions face aux EEI : des militaires d’abord, mais aussi de la population locale particulièrement touchée et du soutien de la nation contributrice ?

D’autres multiples possibilités seront certainement abordés dans les futurs écrits… Alliance Géostratégique se fera une joie de publier vos contributions sur ce sujet. À vos claviers !


F. de St V., Mars Attaque


P.S. : Envoyez vos contributions (documents Word/OpenOffice) à notre rédactrice-en-chef et/ou à notre administrateur web.

Partager ce billet:
  • del.icio.us
  • Digg France
  • Furl
  • Technorati
  • Wikio

Tags: ··········

6 Commentaires jusqu'à présent ↓

  • JGP

    “Bombe de fortune” semble en effet plus pertinent qu’EEI (et plus original, si l’on en croit le nombre très limité de pages retournées par Google), car, je suppose que nous le verrons tout au long du mois, la fabrication et l’utilisation de tels engins sont de moins en moins “improvisées”. A la limite pourquoi ne pas parler d’UED (pour unconventional) ou AED (pour asymmetric) ?

  • F de St V

    @JGP: sur la thèse d’engins de “moins en moins improvisés”, je suis pas complètement d’accord.

    Je dirais que c’est cyclique et que tout dépend des parades mises en place dans la lutte contre les IED ainsi que de la recherche de la meilleure efficacité (coût de fabrication/victimes/effets).

    Exemple: en Afghanistan, le déclenchement par téléphone portable avait massivement remplacé il y a un an et demi le déclenchement filaire. C’était analysé comme un transfert de compétences issues de l’expérience des poseurs irakiens. Là il y avait une réelle sophistication: du fil par de l’onde. Les brouilleurs (absents pendant longtemps en Afgha) ont fait depuis de tels progrès que le filaire est redevenu au premier plan depuis quelques mois. La masse métallique des fils étant difficilement détectable.

    Comme bien souvent, l’efficacité permet de trancher et il existe donc un syncrétisme/hybridation. Évidemment à rediscuter tout ce mois et après…

  • JGP

    Ma remarque ne visait pas la dimension “sophistication” (high/low tech) mais plutôt l’aspect improvisation (i.e. absence de préparation antérieure) dans la mise en oeuvre de telles armes.

  • EGEA

    Le débat démarre fort…..

  • F de St V

    @ JGP: reçu.

    En effet, on développera sûrement sur “les complexes réseaux de poseurs de bombes de fortune” avec les différentes phases confiées à différents éléments.

    Rares sont les personnes maitrisant toute la chaine allant de l’analyse des modes d’action de la Force pour déceler ses points faibles, le RETEX sur les IED précédemment employés (sur le terrain ou par Internet), la reconnaissance de la zone de poser, la fabrication des différents éléments, l’assemblage, le transport, la pose, le déclenchement, la prise d’images des résultats, etc.

  • eric

    avec ce nouveau type de guerre il va falloir mieux entrainer les troupes a detecter ces engins et ameliorer si possible le blindage de certains vehicules legers

Laisser un commentaire