Pratiquée jusque dans les eaux territoriales est-africaines par de très nombreux chalutiers provenant de contrées plus au nord et plus à l’est, la pêche sauvage est l’une des causes primaires de la piraterie somalienne. Année après année, cette pratique aussi illégale que déloyale - trop souvent « omise » par les médias internationaux et par les instituts d’études stratégiques – a provoqué une diminution drastique des revenus des pêcheurs de la Corne de l’Afrique (notamment Érythrée, Somalie et Kenya) recourant à des techniques essentiellement artisanales.

Comment résister aux appels du pied de la piraterie lorsqu’on ne fait que 3 euros de prises quotidiennes ? Pour peu qu’on vive dans un État assurant à peine ses fonctions régaliennes, le maniement d’un AK-47 ou d’un RPG s’apprend vite…
Heureusement, l’action dissuasive de maintes flottes de guerre a évité une probable extension de « l’afropiraterie » à toute la Corne de l’Afrique… Sans pour autant éliminer significativement la menace. Toutefois, les loups de mer somaliens ont un immense et très inattendu mérite : ils ont également fait fuir les chalutiers rapaces. Depuis peu, les pêcheurs kenyans redécouvrent des prises quotidiennes de 200 euros ! Nul doute qu’il en soit de même pour leurs homologues érythréens et somaliens.
Plus à l’ouest du continent africain, la Guinée-Bissau ne sait plus quoi faire contre l’incessante pêche sauvage des chalutiers espagnols dans ses eaux territoriales. Si rien n’est entrepris au niveau africain-européen/international pour endiguer cette pratique déloyale, verra-t-on un jour des pêcheurs guinéens opter à leur tour pour « des solutions plus asymétriques » ? L’afropirate serait-il, à tout hasard, l’inespéré et unique allié objectif du pêcheur africain ?
Apparemment, la géopolitique des mers n’a pas fini de nous dévoiler ses multiples et ubuesques profondeurs.
Charles Bwele, Électrosphère





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