Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la politique européenne face à un Moyen-Orient nucléaire, sans jamais oser le dire (mais Clarisse et ses Carnets vous aideront).
Le Sénat a mis en ligne le rapport d’information 630 qui fait suite à une mission effectuée du 22 septembre 2008 au 7 juillet 2009 sur la situation au Moyen-Orient par M. Jean François-Poncet, sénateur UMP, vice-président de la commission, et Mme Monique Cerisier-ben Guiga, sénatrice socialiste, secrétaire du bureau du Sénat.

(Il est possible de le télécharger -mais attention au poids : 109 Mo).
Dès le début, le lecteur est prévenu :
« Si vous avez compris quelque chose au Moyen-Orient, c’est sûrement qu’on vous a mal expliqué. »
Percy Kemp - Le système Boone.
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L’objectif du rapport
Le présent rapport présente une vision d’ensemble de cette région, avec ses points communs et ses problèmes particuliers, et s’efforce d’en appréhender l’ensemble des aspects. Il ne prétend pas examiner le cas de chaque pays à la hauteur de son importance. En outre, certains rappels historiques seront superfétatoires pour tous ceux qui connaissent la région.
L’objectif de ce rapport est d’aider la représentation nationale à former son jugement propre sur la politique étrangère de notre pays, dans le cadre et dans les limites du principe de la séparation des pouvoirs.
Les deux rapporteurs ont effectué 7 déplacements entre octobre 2008 et juin 2009, ont visité les 15 pays du Moyen-Orient (hors Sultanat d’Oman et Iran) et ont eu 357 entretiens et audiences.
Quelques aperçus de ce must-read :
1. Le cadre et les principes
1. Le cadre
• Définir une ligne d’action européenne sur la politique à conduire au Moyen-Orient, qui ne soit pas un consensus a minima, dans le cadre d’une coopération étroite entre les pays qui le souhaitent et, en priorité, avec l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne
• associer la Turquie à la définition de cette politique
• rendre le Quartet plus opérationnel
• mieux coordonner nos actions avec la nouvelle administration américaine.
2. Les principes
• Donner la priorité au conflit israélo-palestinien, qui reste central
• déconnecter le traitement des conflits ; refuser par exemple de conditionner les avancées sur le dossier palestinien à celles sur le dossier iranien
• cibler les actions diplomatiques sur les questions mettant en jeu notre sécurité, notre économie et la consolidation de nos relations bilatérales.
2. Les actions à mener
1. S’engager dans la création d’un État palestinien
• Les États-Unis font pression sur Israël pour l’arrêt total de la colonisation.
• L’Europe doit continuer à soutenir cette action, y compris à Jérusalem, comme elle l’a fait jusqu’à présent, mais elle doit maintenant agir de concert avec les États-Unis pour obtenir du Gouvernement d’Israël la levée du blocus de Gaza.
• L’Europe doit faire pression sur les Palestiniens dans le but qu’ils constituent un Gouvernement capable de négocier en leur nom.
• La constitution de ce nouveau Gouvernement passera moins par une hypothétique réconciliation que par de nouvelles élections, dont le résultat sera respecté par les puissances occidentales.
• Pour organiser ces élections, la nomination d’une Autorité palestinienne transitoire s’impose. Cette autorité devra notamment trancher la question du mode de scrutin.
• Pour permettre la nomination d’une Autorité palestinienne transitoire, l’Europe peut proposer sa médiation. Cette médiation européenne, en étroite liaison avec les États-Unis et la Turquie, pourrait proposer en échange d’un accord sur l’Autorité transitoire et la tenue d’élections, la levée du blocus de Gaza et le retour de l’aide européenne. Cela suppose d’accepter de parler au Hamas.
2. En Iran, éviter la bombe et le bombardement
• Appuyer la démarche américaine de la main tendue et tout faire pour éviter, par la négociation, que le programme nucléaire iranien ne devienne un programme militaire.
• Dans l’hypothèse où la négociation échouerait, préparer des sanctions économiques sévères contre le Gouvernement iranien.
3. Sauver l’État yéménite de la faillite afin qu’il ne devienne pas la prochaine base d’Al-Qaïda
• La réunion d’une conférence internationale sur l’avenir de ce pays devrait être organisée dans les meilleurs délais.
4. Accompagner l’Irak dans la reconstruction de son État
• Pour que l’Irak renaisse, les élections libres ne suffisent pas. Il lui faut aussi un État impartial : des fonctionnaires, des juges, des administrateurs, des enseignants, des universitaires, des militaires et des policiers au service de l’État. L’Europe et la France peuvent l’y aider si le Gouvernement irakien le veut réellement.”
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La conclusion du rapport
“Le Moyen-Orient est compliqué. Mais pas plus que l’Europe. Et contrairement à elle, il est en évolution rapide tout à la fois démographique, culturelle, économique et politique.
Certes, il y au Moyen-Orient des zones de fragilité. Le Yémen, l’Irak et le Liban en font partie. Des interrogations subsistent : Al-Qaïda, l’Egypte, la Syrie. Mais des évolutions positives se font jour en Arabie saoudite et presque partout dans le Golfe. La Jordanie comme le sultanat d’Oman font peu parler d’eux, sinon en bien. Hegel prétendait que les peuples heureux n’ont pas d’histoire.
Nos concitoyens ont de cette région du monde une vision parfois approximative, fondée sur une histoire mal connue et faite de jugements à l’emporte-pièce. Nous voyons ses peuples et leur culture comme irrémédiablement différents de nous, notamment à cause de la religion, dimension à laquelle nous les réduisons trop souvent et qui masque une recherche de leur identité. En Europe aussi, la religion a été identitaire et a façonné l’histoire de notre continent en y laissant des marques de fer et de sang. Les tensions entre les chiites et les sunnites sont-elles si différentes de celles qui existaient entre les catholiques et les protestants ?
Le Moyen-Orient est à la même distance de l’Europe que l’Est la Russie. Son histoire est liée à la nôtre bien plus que celle de l’Asie. Son futur nous concerne plus directement que celui de l’Amérique du Sud ou de l’Océanie. Ce serait une faute de s’en désintéresser.
Car si l’Occident se révèle incapable d’assurer un avenir au peuple palestinien, l’Orient lui en tiendra rigueur, tant il ne voit en lui que le protecteur d’Israël. Si l’Occident se révèle incapable d’éviter que le programme nucléaire iranien ne débouche sur un arsenal militaire, alors la nucléarisation de l’entière région est presque certaine, ce qui ne sera pas un
facteur de stabilité.
Au Moyen-Orient, les États-Unis incarnent cet Occident. Ils y sont du reste omniprésents, mais leur image est trouble. Détestée sous Georges W. Bush, l’Amérique séduit avec Barack Obama. Ce nouveau Président tient entre ses mains une partie importante de la solution concernant le conflit israélopalestinien et l’Iran. Mais seul, il n’arrivera pas à imposer la paix. Les Européens peuvent l’aider s’ils se décident enfin à faire jouer à l’Union son rôle de grande puissance.
Les deux problèmes –la Palestine et l’Iran– ne sont pas liés, mais ils se nourrissent l’un l’autre et servent d’alibi à la procrastination. L’intérêt de l’Europe est d’œuvrer de concert avec les États-Unis afin de trouver, dans l’un et l’autre cas, un règlement pacifique.
De la même façon, il importe de ne pas laisser le Yémen tomber dans l’anarchie et d’accompagner l’Irak dans sa difficile renaissance.
Puisse ce rapport contribuer à relever ces défis diplomatiques.”
Bonne lecture.






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