Par l’entremise de Joseph Henrotin, Carl von C. nous livre ici sa dernière chronique publiée dans DSI n°53 (novembre 2009, actuellement en kiosque), en rapport avec l’évolution des forces armées et avec le style caustique de l’observateur des « vraies guerres » qu’il contribua à définir.

La question fera sursauter quelques-uns de mes fidèles lecteurs mais elle a été très sérieusement posée non seulement par nos camarades d’outre-Manche (1) ainsi que par des « poids-lourds » de la politique française. Alain Juppé et Michel Rocard, tout de même, ce n’est pas rien (même si ça a déjà été plus), surtout si l’on y ajoute Alain Richard et le général Norlain.
Bon, alors, résumé des choses : un monde sans nucléaire, ça serait vachement bien; ça dissuade pas des méchants terroristes. Obama le pense aussi et Obama il est cool depuis le prix Nobel chopé dans un Kinder surprise; ça coûte cher. La messe est dite, vive l’option zéro et allons se boire un petit jaune. Bon, fondamentalement, rendons à Oppenheimer ce qui lui est dû, le débat fait un bien fou et leur texte est moins funky que l’interprétation qu’en fait Jean Guisnel sur son blog. Il faut aussi dire que lesdites analyses de Jean Guisnel ont déjà été plus pertinentes (2). Mais faut-il une option zéro ? Eh bien, disons que moi aussi j’aime les petits oiseaux (et pas uniquement bien cuits avec de la sauce) et les Bisounours. Mais il faut rester réaliste: Pékin, Islamabad, Delhi ne font que renforcer les arsenaux; Kim-le-teubé à Pyongyang et tonton Mahmoud à Téhéran ne font pas plus preuve de compréhension. Le sens de l’Histoire ne va manifestement pas dans le bon sens et ces fichues sanctions ne marchent pas.
Atome sweet home, Inc’h Einstein, la dissuasion est là pour ça. Carl ne va pas vous faire un dessin, la bonne volonté ne suffit pas et se balader tout nu dans ce vaste monde alors qu’on arrive en hiver n’est pas la meilleure façon d’éviter la grippe. Évidemment, la dissuasion ne protège pas de tout. C’est une assurance-vie, pas le mercurochrome des bobos de la sécurité (pandémie, criminalités diverses et variées).
Mais pourquoi penser qu’elle serait la garantie ultime ? Là , à mon sens, est la vraie question.
Et la réponse est déprimante au possible : parce que nous sommes noyés par une conception de l’art de la guerre aussi has been que les pat’d’éph’ et aussi à côté de la plaque qu’une bonne partie de notre personnel politique qui pense la défense comme on pense à son prochain week-end: en voulant aller faire un tour tranquillement mais en se disant que, de toute façon, y’a des choses plus urgentes à faire. Si le politique s’intéresse parfois à la défense, il ne pose pas les bonnes questions: celles qui dérangent. Il peut s’intéresser à la tactique ou à la technologie mais ni à leur emploi stratégique, ni au vaste spectacle du monde. Les relations entre politiques, chercheurs et opérationnels sont quasiment inexistantes – à l’exception de quelques rares forums, heureusement qu’ils existent !
C’est un problème stratégique: l’IRSEM, par exemple, ne servira pas comme il devrait si les politiques ne sont pas prêts à entendre les conclusions des chercheurs. Bien malheureusement, tous nos camarades européens sont à la même enseigne. Et l’on s’étonnera que les généraux posent parfois des questions dépassant leurs attributions ! Le problème, à cet égard, est culturel: il ne faut pas uniquement se montrer et faire semblant qu’il y a du débat, il faut accepter qu’il soit viril.
Simple exemple: dernièrement, un membre de la rédaction est invité pour une visite du ministre aux Forces Armées sur Sud de la Zone Océan Indien (FASZOI). Cool, se dit-on: on va se passer en revue la géostratégie de la zone, les unités, les options, les menaces, les attentes et les coups de gueule. Eh bien, non: une flopée de journalistes de la presse TV pourront partir faire ce qui sera probablement une minute de reportage pour le 13 heures (passionnant…). Que ceux qui voulaient réfléchir sur huit pages réfléchissent ailleurs, qu’ils soient simples citoyens ou représentants du peuple. Car, finalement, un député ou un sénateur qui réfléchit, politiquement, ça s’appelle un emmerdeur. Sauf que Carl adore les emmerdeurs !
Carl
Joseph Henrotin, Athéna et Moi
Notes:
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En fait, le débat n’est pas neuf, y compris en France : DSI y consacrait un excellent dossier dans son n° 47 (avril 2008).
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Du style : “Merchet est un facho, il a cité Carl Schmitt dans son bouquin” (oh mon Dieu, quelle horreur !). À ce jeu-là , ayant cité Heidegger dans sa thèse, mon « démocrate au possible » rédac’chef est donc nazi…





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