
Puisque le thème asiatique touche à sa fin, j’en profite avant que la porte ne se ferme pour ajouter quelques remarques.
Nous connaissons tous la phrase de Valéry (géopolitologue avant l’heure) : « L’Europe, ce petit cap de l’Asie ». Abondamment citée, récitée jusqu’à la nausée. Et devenue le fétiche d’un discours qui explique que non, décidément, l’Europe c’est tout petit et ça n’a pas la taille critique. Cela a servi à expliquer consécutivement (voire simultanément) la réduction française, la sujétion au développement américain, l’abaissement dans un système bipolaire, la disparition dans une mondialisation triomphante. Bref, l’Europe, pleine de repentir d’avoir été trop grande pour le monde au point de l’avoir dominé, serait aujourd’hui trop petite pour y subsister.
Le petit cap de l’Asie n’est rien dans ce vaste continent. L’Europe, au fond, n’est pas un continent. L’Asie, ça, c’est un continent !
Oui ! mais….
Mais si c’est un continent au sens géographique, il n’en est pas de même au sens géopolitique. L’Asie, cette grande masse tellement grande qu’elle n’a plus de sens. L’Asie, diverse au point d’être inconciliable. L’Asie, forcément fractionnée d’un point de vue géopolitique, entre des orients aux frontières floues : proche, moyen, extrême, sans parler d’Asie du sud, du sud-est, centrale, mineure… Sans parler de la Russie dont la grande plaine commence du côté de la Lituanie pour s’étendre, au-delà du petit bourrelet ouralien (tout sauf une frontière), à travers la Sibérie (de Vilnius à Vladivostock).
Imprécision des confins entre ces plaques géopolitiques qui constituent l’Asie. Même au sein de ces plaques, l’incertitude demeure : regardez l’Asie orientale, et son réarmement forcené (Chine, Japon, Taïwan et les autres), où le nationalisme réapparaît comme l’ultime raison…
Alors ? Faut-il voir en l’Asie ce nouveau centre du monde qu’on se complaît à nous dépeindre ? Je pense qu’il faut mesure garder. Éviter de reproduire des schémas datés : en clair, le modèle de domination du système mondial (ce furent les Mongols, ce fut l’Europe, ce fut l’Amérique) est désuet.
Et qu’il est vain de vouloir une nouvelle polarité asiatique : puisque l’Asie, ça n’existe pas !
O. Kempf, EGEA





JGP // oct 30, 2009 at 19 h 54 min
Voilà finalement une façon plus affirmative de dire ce que je n’évoquais que sous forme de question http://defense-jgp.blogspot.com/2009/10/le-terme-asie-t-il-une-utilite-en.html
EGEA // oct 30, 2009 at 22 h 05 min
Oui, c’est un prolongement : j’aurais dû citer le billet…. mille excuses