La semaine dernière, l’excellente chaîne PBS proposait un long reportage sur la “guerre d’Obama”, allusion à la distinction que le Président et ses conseillers ont fait entre l’Irak -”une guerre de (mauvais) choix”- et l’Afghanistan -”une guerre de nécessité”.
Il était donc normal qu’AGS propose un lien pour visionner l’émission (55 minutes, en anglais, cliquer sur l’image ci-dessous) et une courte analyse.
Ce reportage présente en fait les tenants et les aboutissants du débat auquel est confronté actuellement l’Administration américaine, notamment dans son lien avec la “nouvelle” stratégie du général McChrystal.
En mars dernier en effet, le président OBAMA annonçait un changement de stratégie. Il ajoutait de nouveaux renforts à ceux déjà prévus dans les mois précédents, de manière à atteindre le total de 68 000 soldats américains déployés dans le pays. Par ailleurs, il préconisait d’employer une stratégie de “contre-insurrection”. On verra que ce mot a eu un impact important par la suite, et notamment parce qu’il n’a pas semblé signifier la même chose pour les militaires (la doctrine de décembre 2006, la campagne irakienne de 2007/2008) et les conseillers civils du président (pour faire court, une campagne de contre-terrorisme, associée à l’envoi de renforts d’administrateurs civils).
Depuis le début du mois de juillet, le général Stanley McCHRYSTAL, nommé à la mi-juin en remplacement du général McKIERNAN, limogé par le sécrétaire GATES, a encadré le lancement d’une offensive sur plusieurs fronts géographiques et opérationnels.
-Sur le plan militaire, les Marines assistés de forces britanniques et de l’armée afghane (ANA) ont entrepris la conquête de la province de HELMAND, un des fiefs des Talibans au sud du pays, et surtout une des principales zones de production de pavot. Cette conquête ressemble à bien des égards au mode opératoire observé à Bagdad et dans ses ceintures entre février 2007 et avril 2008: s’installer au coeur des populations, nouer des liens avec celles-ci via leurs chefs tribaux ou communautaires, entreprendre des programmes de microcrédit et de reconstruction, former des forces de sécurité locales aptes à dénier aux Talibans le contrôle de la zone. Le tout selon la méthode de la tâche d’huile. Le procédé change vraiment de ce qui pouvait être observé il y a 1 an dans un autre reportage de PBS portant davantage sur la province orientale de KUNAR: là, les avant-postes ne servaient à rien, isolés qu’ils étaient au coeur d’une population hostile car impossible à protéger ou à influencer vue la faiblesse des effectifs et les modes d’actions privilégiés par les sections américaines.
-sur le plan de la formation de l’armée afghane, les leçons de l’Irak semblent aussi utilisées, puisqu’il s’agit davantage de partenariat que de simple “mentoring”.
-sur le plan diplomatique, il a fallu obtenir du Pakistan un contrôle plus étroit de ses frontières via la poursuite des offensives contre les groupes insurgés du pays.
Le problème est que la situation ne permet pas d’être optimiste, si l’on ne prend pas en compte les problèmes politiques, diplomatiques et sociaux. En dépit de réels succès observés dans certains districts d’Helmand, le manque d’effectifs empêche d’étendre les zones contrôlées. Par ailleurs, la clé pakistanaise semble difficile à déverrouiller.
En conséquent, on observe un clivage croissant entre certains militaires qui proposent de poursuivre en accroissant les effectifs américains pour les porter à 100 000, et certains conseillers civils (à commencer par le Vice-Président lui-même) qui recommande un retrait partiel et la poursuite d’une stratégie ciblée de “contre-terrorisme” qui témoigne d’un abaissement des ambitions politiques quant à l’Afghanistan futur.
Quoiqu’il en soit, le général McCHRYSTAL tranche par l’esprit de ses propos: il ne parle pas de “recette miracle”, mais préfère donner des conseils et agir pour changer les mentalités et les attitudes tant de ses subordonnés que de celles des militaires et policiers afghans
Pour terminer, quelques remarques plus ciblées sur le reportage: d’abord l’attitude de ce chef de section qui s’adresse aux hommes afghans assis devant lui ne semble pas très pertinente et démontre la difficulté à sortir des représentations réciproques des Occidentaux et des Afghans. Ensuite, on sent la frustration des Marines à ne pas pouvoir poursuivre cet ennemi fuyant, lors même que leur position au coeur des populations a justement pour but d’attirer les actions de l’ennemi en des points choisis par eux. Enfin, on ne saurait faire l’impasse sur les différents analystes et spécialistes interrogés par le réalisateur: à bien des égards, on sent percer dans leurs propos les débats conceptuels, culturels et politiques qui se mènent à Washington, bien loin de la réalité locale. Comment ne pas sourire lorsque l’on voit cette conférence du CNAS à laquelle participent Andrew EXUM (Abu Muqawama), John NAGL ou David PETRAEUS lui-même!





F. de St V. // oct 24, 2009 at 13 h 03 min
@ Stéphane:
Partenariat vs “mentoring”: plus que des approches différentes, cette distinction ne serait pas plutôt le signe d’une étape franchie (dans les rêves ou dans les faits, c’est une autre question…) dans la formation de certaines unités des forces afghanes de sécurité?
Je m’explique. L’ANA est au début une force supplétive au service des unités de la Coalition (connaissances du terrain, RENS, interprètes, les Afghans aident en plus au combat en participant à l’effet boule de feu lors des contacts, etc.). Dans les opérations menées conjointement, le ratio ANA/FIAS est en faveur de la FIAS.
Ensuite, étape suivante, les mentors des OMLT qui doivent conseiller et entrainer (mais qui bien souvent dans les faits encadrent et font des miracles puisqu’ils détiennent “le pouvoir” d’appeler la cavalerie aérienne à l’aide…). Un ratio inversé localement (une dizaine de mentors pour un kandak/bataillon afghan). Au niveau des opérations, du 50-50.
Étape suivante, le partenariat qui sous-entend une certaine égalité dans le spectre des taches pouvant être mené par les ANSF et les forces de la FIAS. Niveau tactique et opératif: ratio à 50-50.
Enfin dernière étape, l’autonomie complète de A à Z pour la planification et la conduite, le soutien, le combat, la logistique et tout le reste… Ratio inversé en faveur des ANSF.
Sans doute, peut être encore de l’angélisme de ma part! Si ce n’est pas cela, il existe des documents (théoriques ou factuels) sur cette distinction ?
Stephane Taillat // oct 24, 2009 at 15 h 34 min
“lead-partner-overwatch”: c’est exactement la chronologie (non linéaire s’entend) de ce qui s’est passé en Irak. Voir les briefings officiels de Petraeus sur “Anaconda” ou encore le rapport du général Dubik pour l’Institute for the Study of War.
F. de St V. // oct 25, 2009 at 11 h 00 min
Il y a donc sans doute un parallèle à faire entre cette terminologie (partenariat/mentoring) et les quatre ou cinq niveaux des ORA (Operational Readiness Assessment) des unités de la Nation hôte.
Merci aussi de rappeler l’existence de l’Institute for the Study of War qui possède une base de données sur Internet extrêmement riche pour l’Irak ou l’Afghanistan.