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Le point de vue de l’industriel: la chronique de Thales

octobre 12th, 2009 · 2 Comments · Militaire, Technologie

Alliance Géostratégique vous propose, à partir d’octobre 2009, une nouvelle rubrique de réflexion sur l’industrie de défense française: ses enjeux, ses réflexions et son évolution vus sous l’angle stratégique et participatif.

Thales sera notre chroniqueur et nous proposera chaque mois sa lecture du thème du mois – ou d’un sujet d’actualité. Échanger, réfléchir, dialoguer, construire, n’hésitez pas à participer au débat et à l’enrichir: c’est aussi le vôtre.

Integrated land systems. Vehicle system : BUSHMASTER.

« On vous pardonnera peut-être d’avoir été battu, jamais d’avoir été surpris. » Napoléon

Grande guerre ET guerre au sein des populations

Le passage des «grandes guerres» potentielles de la deuxième moitié du XXe siècle aux «conflits au sein des populations» de ce début du XXIe siècle engendre de profonds changements chez les industriels de la défense.

Alors que les armées se préparaient à des conflits majeurs de haute intensité, elles se trouvent aujourd’hui confrontées à des menaces imprévues: kamikazes, voitures piégées, IED…

La recherche de solutions à ces nouveaux défis conduit à une évolution importante des matériels déployés sur le terrain et favorise un nouveau type de relations entre industriels et armées.

En premier lieu, renseignement, protection et précision sont devenus les maîtres mots, avec pour conséquence un changement de paradigme: à la guerre éclair fondée sur une maîtrise absolue de l’espace aérien et de la puissance de feu, a succédé une nouvelle guerre où pour gagner, il faut s’installer au sein des populations et durer.

La première priorité est peut-être d’anticiper dans la lutte contre les actions de guérilla. C’est pourquoi le renseignement prend toute sa dimension, renseignement humain bien sûr, mais aussi le renseignement utilisant de manière judicieuse les moyens qu’offre la technologie: guerre électronique pour l’interception des communications, moyens optroniques sur drones pour voir au delà de la colline, jumelles de vision nocturne, outils de stockage et d’exploitation de l’information.

Face à la multiplication des attaques par explosifs improvisés (les IED), l’amélioration de la protection des forces est devenue une nécessité. Amélioration des blindages, développement de véhicules capables de résister à des explosions violentes, détection d’explosifs, détection et brouillage des télécommandes des IED sont désormais au cœur de l’offre des industriels et mobilisent fortement la recherche.

Enfin, pour durer il faut gagner la confiance des populations. Pour cela, il est essentiel d’éviter les dommages collatéraux. C’est pourquoi, la puissance de feu est devenue secondaire face à la recherche de précision: missiles, obus, roquettes se doivent désormais d’avoir une précision métrique.

La seconde conséquence des nouveaux conflits pour les industriels s’est traduite par une évolution des procédures d’achat. Pour répondre rapidement aux nouveaux besoins du terrain, le processus d’acquisition de matériels a évolué. Les «crash programmes» se sont développés. La contrainte de temps, alors au cœur de la problématique, a également généré ici un changement de paradigme: à chaque fois que possible la préférence va désormais plutôt vers des technologies «sur étagère» que vers des technologies qui demanderaient plusieurs années afin d’être développées.

Les pays occidentaux ne faisant plus aujourd’hui la guerre seuls, l’interopérabilité entre armées ainsi que la capacité à échanger des informations en permanence entre alliés sont devenues indispensables. Cela se traduit par le développement ou le renforcement de standards (OTAN notamment) dont la maîtrise devient indispensable pour les industriels.

Les Armées ont lancé des contrats sur la base de besoins exprimés en des termes capacitaires, collant au plus près aux besoins des Forces. À titre d’exemple, Thales a reçu en 2006 un contrat de l’OTAN pour l’ensemble de l’infrastructure de télécommunications des forces déployées en Afghanistan. Il s’agissait de développer, transporter, installer, opérer un système composé de 400 shelters, 2000 tonnes de matériel, sur 60 points de présence répartis sur l’ensemble du territoire afghan avec des exigences fortes de disponibilité, nombre de communications et bande passante.

Cependant, si les nouvelles formes de combat ont fortement marqué l’industrie, le risque serait de ne prendre pour référence que les conflits asymétriques. Un retour vers la grande guerre ou une évolution vers de nouvelles formes de conflit ne peuvent pas être exclus. Il nous faut donc rester prêts.


Quelques tendances peuvent être dégagées des expériences actuelles: tout d’abord, le maintien d’une avance technologique reste fondamental. Les investissements passés nous permettent de disposer aujourd’hui d’un portefeuille de technologies et de savoir faire permettant à l’industrie de répondre présents face aux nouveaux défis de la guerre au sein des populations. Mais il ne faudrait pas que les exigences du court terme ne viennent menacer l’investissement technologique qui permettra de préparer les armes de la guerre de demain.


Pour reprendre le titre, et afin de ne pas être surpris par la prochaine guerre, ce n’est pas grande guerre OU guerre au sein des populations, mais grande guerre ET guerre au sein des populations qu’il est indispensable de prévoir au niveau industriel.

Jean-Yves Battesti
Directeur de la Stratégie
Division Systèmes Terre et Interarmées de Thales

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IED : Improvised Explosive Device (Engin Explosif Improvisé). Bombes constituées souvent d’anciens obus, placées au bord des routes et déclenchées à distance lors du passage d’un convoi. Aujourd’hui les IED sont responsables de 40% des décès au sein de la coalition.

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2 Commentaires jusqu'à présent ↓

  • HassanNasrallah

    Bonjour,

    Je trouve ces informations et opinions tres interessantes, comme la plus part sur ce site. Mon seul probleme - et cela vaut aussi pour les articles “reflexions sur la contre-insurrections” - et que nous sommes dans des pures speculations.

    Je ne connais pas beaucoup de domaines d’etudes ou les theories arrivent aussi vite, presque au moment des faits!
    Les generaux occidentaux, et leurs conseillers industriels, nous pondent des “theories sur la strategies” toutes les 5 minutes/ Avec des noms bien precis, des codes, et comme par miracle des exemples terrains (qui date de la semaine precedente … super le recul…)

    Il faut etre plus humble. Les industriels et les strateges ne savent pas comment gerer le hezbollah libanais ou les insurges iraquiens, ou les resistants afghans. Ils ne le savent pas. Ils theorisent le lendemain d’une attaque, sans comprendre qu’il n’y a pas de theorie. Car la nouvelle guerre, du cotes des faibles et des resistants, est une guerre de reaction improvisee la plus part du temps.

    je ne suis pas un expert, juste quelqun qui a vu le terrain, et je suis toujours abasourdi par la rapidite avec laquelle les “militaires” nous pondent des “theories sur la nouvelle guerre et la guerilla”.

    Et je suis aussi tres peine que les strateges politique ne pensent pas a agrementer les “rapports militaires” d’une partie diplomatie ou politique en expliquant comment “eviter la guerre …”

    en tout cas ce site est tres interessant.

  • SD

    @ Hassan Nasrallah
    Je suis d’accord avec vous pour la conceptualisation militaire, parfois un peu trop rapide.
    Pour la guerre de réaction improvisée, je ne vais pas vous (secrétaire général du Hezbollah :) ) apprendre que les mouvements de guérilla ou terroristes font tout sauf improviser. Certes, ils sont parfois opportunistes mais c’est une des règles du combat…

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