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AfPak, confédération d’insurrections : quelques réflexions #3

octobre 1st, 2009 · 1 Comment · Militaire, Non classé, Stratégie, Thème du mois

La doctrine de l’anticorps

En 2006, le général John Abizaid expose sa doctrine de l’anticorps, principe sur lequel se base alors la COIN en Irak : l’étranger(l’armée américaine) est perçu comme un antigène, contre lequel l’organisme(la population irakienne) réagit en fabricant des anticorps.

anticorps

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En Vérité nous avait proposé à l’époque une lecture critique de cette théorie:

“La doctrine de l’anticorps équivaut en partie à une aversion pour le risque, mais aussi à une croyance largement répandue selon laquelle l’altérité culturelle serait la principale cause des conflits. Qu’elle en soit une condition (au sens aristotélicien de la distinction entre cause et condition) est une évidence.. Mais cela n’en est jamais une cause.
La tension entre l’instrumentalisation de la population (la population est un MOYEN) et son service (la population est une FIN en soi) doit être résolue à tous les niveaux de la réflexion, de la planification et de la conduite. Faute de quoi nous ne pourrons réellement obtenir son soutien.

Il est nécessaire d’avoir un objectif stratégique humble et cohérent par rapport aux moyens que l’on consent. Il faut des moyens militaires à la fois souples, résolus et sensibles à la réalité locale.
Il faut un objectif politique en adéquation avec ce qu’est l’Autre.”

Car dans un environnement régional où croyances, allégeances et incompréhensions composent le quotidien, et où le sentiment national est inférieur à l’appartenance, l’étranger n’est pas forcément perçu comme différent ou plus dangereux que le voisin (ce qui n’est pas sans rappeler ce qu’en dit Eeben Barlow, en référence à l’Afrique).

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Débats politiques américains : 2009, 2003 

• le débat politico-militaire sur la stratégie McChrystal fait rage aux États-Unis:
Partisans du retrait, partisans d’une augmentation des effectifs, sceptiques, journalistes, politiques et blogueurs s’affrontent, suite à la publication du rapport du général McChrystal “déclassifié” par le Washington Post.

Un bon résumé du débat politique et doctrinal par Stéphane Taillat.
Un désaccord entre blogueurs : Joshua Foust (Registan) / Abu Muqawama

• on relira donc avec intérêt cet échange de 2006 entre Hillary Clinton et le général Abizaid à propos de l’échec de la stratégie irakienne, rapporté par le Washington Post :

“The top U.S. commander for Iraq told Congress yesterday that a phased withdrawal of American troops would unleash more sectarian strife, and instead he advocated a “major change” in strategy that would beef up U.S. military teams training Iraqi forces.

Gen. John P. Abizaid, chief of the U.S. Central Command, said bolstering the training effort could require a further increase in the number of U.S. troops in Iraq, already higher than expected at more than 140,000, and said no cuts are planned.

Facing searing questions from Democrats and Republicans alike, some of whom voiced disappointment in Abizaid and questioned his credibility, the general acknowledged mistakes in the war effort. But he voiced optimism that Iraq’s military can stabilize the country, given enough U.S. backing and political support from Iraq’s government.
“We haven’t misled people. We have learned some hard lessons,” he said in one tense exchange before the Senate Armed Services Committee.
The first major Iraq hearings since the Nov. 7 midterm elections revealed blunt impatience among Democrats as well as open frustration from Republicans, and produced the rare spectacle of presidential hopefuls from both parties taking aim at the general.

Sen. Hillary Rodham Clinton (D-N.Y.) took exception with Abizaid’s talk of all the steps that the Iraqi government needs to take. “Hope is not a method”, she told him. “We’ve had testimony now for four years about what ‘must be done’ — and it doesn’t get done.”
Abizaid shot back: “I would also say that despair is not a method.”

Certains blogs avaient repris à l’époque cet échange, mais légèrement déformé : “method” est devenu “strategy”:

Senator Rodham: “….hope is not a strategy….
General Abizaid: “I agree that hope is not a strategy but despair is not a strategy either

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Question : L’espoir peut-il être une stratégie gagnante?

Certains poseront comme un axiome que l’Afghanistan a toujours été le tombeau de ses conquérants. C’est vrai.
Certains trouveront que baser une stratégie militaire et une vision politique impliquant les populations sur un sentiment humain versatile est ridicule, voire naïf. Peut-être.

On rappellera juste qu’une certaine religion basée sur un sentiment humain considéré comme faible a été transmise au sein des populations par une poignée d’hommes seuls et sans moyens financiers, a été adoptée par des petites communautés qui ont traversé le désespoir des persécutions, et qu’elle a ensuite (comme toujours?) fini par rallier comme partisan certains de ses plus virulents ennemis.

On rappellera aussi que si le christianisme s’est construit autour de l’amour du prochain, l’hindouisme, lui, n’est pas autre chose que la roue de l’espoir – qui maintient l’Inde toujours en mouvement.

• Question : quels sentiments conduisent les stratégies Taliban, Al-Qaïda et (ex)ISI ?

• Question : en parallèle au bon usage des moyens militaires, la stratégie est-elle autre chose que la canalisation et le retournement des forces des sentiments humains en présence au profit de son objectif ?

Russell Ackoff a listé ce qu’il a appelé des f-Laws: des vérités simples sur l’organisation et le management, que nous préférons ignorer ou dénier. Sur la technologie (cf. l’overdose de l’usage de PowerPoint au sein de l’US Army)

“Technology disables people and communication just as often as it enables them.
Technology like PowerPoint helps managers forget that they are talking to human beings who actually need to be engaged and who listen more when they can respond emotionally to a presenter.”

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Hope is a strategy, part1 : Maria Toor Pakay, 18 ans

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Naître fille dans un village reculé du South Waziristan est-il un fatalité? La volonté de Maria –et surtout celle de son père– illustre qu’il faut se garder d’une vision occidentale simpliste des attitudes de la population locale.

Pakay, 18, is Pakistan’s No. 1-ranked women’s squash player. But what makes her story remarkable is that she hails from the country’s tribal region of South Waziristan. There, suicide attacks are a way of life. And the militants, bent on imposing a strict form of Islamic law, punish girls who attend school — let alone play sports.

“They have no future,” Pakay said. “They spend their entire lives in four walls in their home. Their ability is destroyed.” But Pakay wasn’t like most girls growing up. She sported a buzz cut and mixed with the boys. Her father, Shams-ul-Qayum Wazir, knew early on that his daughter was different. “I didn’t want her talent to go to waste,” he said. “If I would’ve kept her in the village, all she could do was housekeeping.”

So, Wazir packed up the family and moved to Peshawar, the capital of the North West Frontier Province. Here, Pakay picked up the racquet and swatted down the competition with ease — first winning the Under-13 championship, then the Under-15, then the Under-17.
Today, despite the lack of a sponsor and few resources, Pakay has gone pro -and is ranked 91st in the world. Her father’s sacrifice, she said, made her success possible. “I think I have a great father -so broad-minded,” she said.

For his part, Wazir -a teacher- was more circumspect :
“I sacrificed because I want to promote a message of peace,” he said. “If the tribal people pick up a racquet instead of a gun, there would be peace.”

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Hope is a strategy, part2 : bouclier humain (ring vaccination)

L’analogie avec l’expérience médicale sur le terrain peut-être trompeuse et dangereuse. Peut-être. Peut-être pas.

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• Histoire du docteur William Foege :

“Enfant, ce fils d’un pasteur luthérien de l’Iowa admirait Albert Schweitzer et voulait devenir médecin pour travailler en Afrique. Il suivit ses études de médecine et se spécialisa en Santé Publique à Harvard University. En 1966, il se porta volontaire pour travailler à Yahé, au Nigeria, engagé par les Centers for Diseases Control (CDC d’Atlanta, Géorgie). En arrivant dans cette zone rurale de l’Est du pays, il eut à faire face à une épidémie explosive de variole.

La variole ! On n’imagine pas, aujourd’hui, ce qu’a pu être cette maladie qui dévasta le monde entier pendant des millénaires. Une terrible maladie. Vingt à quarante pour cent des patients meurent vers le dixième jour de la maladie, beaucoup restant défigurés ou aveugles. On ne dispose que d’une arme contre la variole, l’inoculation du virus de la vaccine, selon le procédé mis au point par Edward Jenner à la fin du XVIIIe siècle. Cette vaccination protège contre une maladie et peut même être efficace après le contage, à condition d’être administrée dans les quatre jours.

Voici donc en 1966 le Dr. Foege, trente ans, au cœur de l’Afrique, devant une épidémie de variole. A l’époque, la stratégie de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour stopper une telle épidémie était la vaccination de masse: il fallait vacciner l’ensemble de la population d’une région, c’est-à-dire des centaines de milliers de personnes. Le stock de vaccins dont disposait Foege était très insuffisant: la situation apparaissait désespérée. Allait-il rester les bras croisés, contraint de compter les morts? Ce serait mal le connaître.

Pour faire face à cette situation désespérée, il eut une réflexion originale. Il se mit à la place du virus de la variole: que fait-il pour survivre depuis des siècles? Quelle est sa stratégie? Pour éviter son extinction, ce virus, abondamment produit par les varioleux, source majeure de la contagion, a besoin de se propager à de nouveaux individus «permissifs». Sa dissémination est fortement favorisée par les rassemblements humains et les mouvements de population. Partant de ces constatations simples, il créa un véritable bouclier humain de personnes résistantes autour du virus. Pour cela, il décida de vacciner toutes les personnes en contact avec les patients, tous, les proches et les visiteurs.  Ainsi fut fait.

D’abord, où sont les malades? En communiquant par radio, Foege demanda à tous les correspondants du réseau de santé de la région, d’identifier et de dénombrer, dans chaque village, les cas de variole, ce qui lui permit d’établir une carte détaillée de la répartition des patients dans la région. Il répertoria aussi les voies les plus probables de transmission, le long desquelles le virus porté par des patients en incubation, allait circuler, axes de communication, centres de commerce… En quelques jours, il put dresser une carte détaillée de l’épidémie et avoir une idée précise de la diffusion régionale de la maladie. Il repéra trois zones «chaudes», où la très grande majorité des patients étaient regroupés. Il se précipita dans ces zones avec une petite équipe pour vacciner tous les sujets contacts.

Son travail acharné aboutit à l’extinction très rapide des foyers épidémiques, en n’utilisant qu’une faible quantité de doses de vaccin! Cette approche de ciblage sélectif qu’il inventa fut un succès. On l’appellera la «ring vaccination», la vaccination en cercle.”

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L’arme du ridicule, la peur du rire

• Le centre indien de réflexion stratégique The Acorn du National Indian Interest propose de combattre les taliban par l’humour, en les ridiculisant ou leur faisant perdre leur respectabilité (on n’a plus peur de ce qui est risible):
Car que peuvent craindre les taliban, qui ne craignent pas la mort?

Mockery and humour must be a central tenet of any long term information and communication strategy against the Taliban. Being mocked is what the Taliban are deathly afraid of (not death).

This is what they used to say about General Zia-ul Haq, that he would rule forever. Yet there was one writer, Syed Abidi, who argued that one way to judge if a regime is about to fall is to listen and observe how the masses talk about their leaders. He argued that ridicule was one indicator that a regime was on its way out. Before General Zia’s death in a mysterious plane crash, Abidi in his field work recounts the following jokes.

President Zia is in Paris for a conference where he sees a Pakistani women dressed in Parisian attire. He asks one of his men to tell her that the President wants to see her. At the hotel, the President invites her to his room where he chastises her for wearing foreign clothes. He tells her to take off her French coat.  She does. “As a Muslim woman, how dare you wear a skirt. Take it off,” he says.  She does. “Don’t you know about Islamization in Pakistan, how you dare wear such frilly underclothes. Take them off.” She does and stands there naked in front of the President of the Islamic Republic of Pakistan. “Now come embrace Islam,” he says with his arms outstretched.”

• à relier à l’intrigue du Nom de la Rose? le rire est un danger dont l’homme doit être préservé, et la connaissance est dangereuse.

“La bibliothèque cauchemardesque du Nom de la rose dresse une série d’obstacles pour dissuader le lecteur de consulter un livre. Ce n’est pas Jorge qui tue les moines, ni le livre puisque certains crimes sont commis entre moines, mais ce dessein de conservation qui est l’unique fondement à tous ces meurtres, comme le remarque justement Guillaume à la fin du roman.

Jorge incarne la bibliothèque et s’avère le véritable maître de l’abbaye. Il développe un argumentaire sur le danger que peut représenter le recours au rire dans les attitudes humaines.
Le moyen de conserver les livres les plus rares est devenu une fin en soi. Jorge ne souhaite plus conserver mais cacher cet ouvrage. C’est ce glissement qui provoque la destruction de la bibliothèque.”

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The McChrystal Review: Yawn.
Registan.net, Joshua Foust / Abu Muqawama

Madrassas: A make-believe world, Aijazz Ahmed (2003)
Maria Toor Pakay, Teen athlete fled Taliban stronghold to pursue dream, CNN
Victimisation of the minorities, Dr Charles Amjad-Ali – The Luther Seminary, St Paul, USA
Persecution of Christians in Pakistan, Maloy Krishna Dhar
Carnage dans un village chiite pakistanais, 24 heures

Dr. William H. Foege, quand le désespoir sauve des millions de vies humaines
F Laws: Management Truths We Wish To Ignore, Russell Ackoff (2006)

La doctrine de l’anticorps et quelques autres erreurs communes, En Vérité, Stéphane Taillat
“Hope is not a method”, Washington Post (2006)

Defeating the Taliban: one joke at a time, The Acorn, National Indian Interest
Aghanistan : enclavement, routes et antiroutes, drogues
, Pierre-Arnaud Chouvy

Laws reviewed after anti-Christian havoc, Gulf news
Taliban kill four Shiite students in Pakista,
Top news

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Un commentaire jusqu'à présent ↓

  • Stephane Taillat

    Excellent. La doctrine de l’anticorps est une stratégie de désespoir qui est d’autant plus dangeureuse qu’elle a l’apparence du réalisme, de la raison, alors qu’elle est cynique. En 2006, Abizaid avait commencé à en revenir. Malheureusement pour lui, il n’avait plus la main sur ce qui se passait en Irak, pas plus que Casey d’ailleurs.
    Plutôt que l’espoir… l’espérance?

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