Alliance Geostrategique

Alliance Geostrategique header image 2

Les Soviétiques et l’OTAN en Afghanistan: des différences qui importent

mai 26th, 2009 · 4 Comments · Stratégie, Thème du mois

Le Front Asymétrique explore le thème du mois avec 20 ans de retard…


pullout-of-soviet-troops-in-afghanistan1

Le 15 février dernier marquait le 20ème anniversaire du retrait soviétique d’Afghanistan. À tort ou à raison, le conflit actuel est souvent comparé à l’expérience de l’URSS dans les années 1980. Une telle comparaison est par essence teintée de pessimisme, et sert généralement à soutenir la thèse d’un retrait urgent des troupes otaniennes d’Asie du sud, sous prétexte qu’aucune forme de succès ne peut être atteinte et que l’échec est inévitable. Pourtant, s’il est intéressant de souligner les points communs entre les deux opérations en Afghanistan, afin d’apprendre des erreurs du passé, il est tout aussi primordial d’insister sur les différences qui peuvent laisser entrevoir une (légère) touche d’optimisme.

Au rayon des comparaisons, on notera que l’URSS considérait dès 1985, comme les Etats-Unis aujourd’hui, que les objectifs initiaux ne pourraient jamais être atteints, que « le temps n’était pas de notre côté [soviétique] » pour citer Gromyko en 1986 (via les National Security Archives de la George Washington University), alors président du Soviet Suprême, et qu’un retrait s’imposait. Côté américain aujourd’hui, le rêve d’établir une démocratie occidentale à Kaboul s’est effacé, mais l’ambition d’installer un régime stable (quitte à négocier avec les Taliban « modérés ») et d’atteindre une certaine forme de « victoire » revue à la baisse demeure (plus de bannière « Mission Accomplished » cette fois-ci).


Le retrait soviétique planifié dès 1985 était empêché par la peur d’une retraite humiliante vis-à-vis de l’ennemi américain. Aujourd’hui, les Etats-Unis on également peur d’une retraite humiliante, mais davantage vis-à-vis d’al-Qaïda que de n’importe quelle autre puissance rivale.


En outre, les Soviétiques posaient comme condition préalable à leur retrait la mise en place d’un gouvernement stable, reposant sur un large soutien populaire, et disposant d’une armée et d’une police équipées pour faire face aux moudjaheddines. La similarité avec l’objectif annoncé de la mission des forces de la coalition en Afghanistan aujourd’hui est évidente. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’échec est inévitable.


Le point commun fondamental entre les deux expériences, comme le souligne Bruce Riedel dans le dernier numéro de CTC Sentinel, tient dans le rôle joué par le Pakistan. En effet, dans les deux cas, le Pakistan constitue la « zone de sécurité » (safe haven, en anglais) à partir de laquelle les insurgés opèrent et s’approvisionnent. Les Soviétiques n’avaient jamais réussi à convaincre le Pakistan (et donc les Américains) de mater l’insurrection (et pour cause : l’objectif américain était d’affaiblir l’URSS en finançant les insurgés via les services secrets pakistanais). Aujourd’hui, les Américains sont pris à leur propre piège : les connections qu’ils ont contribué à créer entre renseignements pakistanais et djihadistes et Taliban empêchent tout engagement crédible du Pakistan (lequel qui plus est table sur un retrait des Américains, et donc préfère garder une forme de contrôle sur l’Afghanistan).


soviet-tanks-and-helicopters-in-afghanistan1

L’autre point commun essentiel tient sans doute dans cette phrase de Gorbatchev, prononcée en novembre 1986 (toujours via les National Security Archives) : « Nos généraux n’apprennent pas leurs leçons. (…) Nous avons eu des expériences passées en Angola, en Ethiopie, au Mozambique. Il doit y avoir une courbe d’apprentissage. (…) Nous devons trouver les clés de cette guerre ». Le récent remplacement du général McKiernan en Afghanistan ne fait qu’illustrer ce même problème.


Malgré ces quelques similitudes, des différences majeures persistent qui laissent entrevoir une meilleure issue au conflit. Tout d’abord, la raison de l’intervention américaine (défense nationale, sécurité collective) est bien plus légitime que celle qui avait poussé l’invasion russe (installer un régime communiste, sécuriser la frontière sud). Résultat : la mission de l’OTAN bénéficie d’un bien plus large soutien international que celle de l’URSS. En outre, cela offre une plus grande marge de manœuvre à la coalition. En effet, le type de régime mis en place importe peu (du moins en théorie) et seul compte désormais le besoin d’éviter de créer un nouveau havre de paix pour al-Qaïda ou d’autres organisations terroristes. Enfin, les opérations contre-insurrectionnelles soviétiques étaient extrêmement brutales et non adaptées à ce type de conflit asymétrique, ce qui rendait toute victoire impossible.


En conclusion, retenons qu’il y a au moins autant de différences que de similarités entre les expériences soviétiques et otaniennes en Afghanistan. Dès lors, il est erroné d’élaborer des comparaisons hâtives entre les deux conflits, même s’il est intéressant et important de tirer des enseignements des erreurs du passé pour ne pas les répéter. Une victoire reste possible en Afghanistan, même si cette victoire n’est en rien semblable à celle qui était espérée à la genèse du conflit.

Partager ce billet:
  • del.icio.us
  • Digg France
  • Furl
  • Technorati
  • Wikio

Tags: ···

4 Commentaires jusqu'à présent ↓

  • anonyme

    “Tout d’abord, la raison de l’intervention américaine (défense nationale, sécurité collective) est bien plus légitime que celle qui avait poussé l’invasion russe (installer un régime communiste, sécuriser la frontière sud).”
    C’est vous qui le dites. Je crois au contraire que l’intervention soviétique pouvait se justifier à cause justement de la fontière commune. l’intervention US ressemble vraiment à une intervention impérialiste à 15.000km de chez elle, comme au Vietnam.

    “Aujourd’hui, les Américains sont pris à leur propre piège ” Là vous avez raison

  • Cassandre

    Cher anonyme,

    vous semblez oublier un aspect primordial de l’Afghanistan “d’avant” l’invasion américaine. S’agissait-il d’un havre de paix pour des terroristes ? La réponse est indubitablement OUI. Abstraction faite des théories du complot du 11 septembre, Al Qaida est tout de même responsable, a minima, d’attentats à Nairobi et Dar Es Salaam. Al Qaida a annoncé à maintes reprises vouloir instaurer un califat mondial (par la force, pour répondre à l’agression que consiste… ah bah on ne sait plus). Les “filiales” de la “Holding Al Qaida Corp” telle BAQMI (Branche D’Al Qaida au Maghreb Islamique) agissent effectivement à l’encontre des intérêts occidentaux (dont Français).

    Il est effectivement “impérialiste” de faire tomber le régime d’un pays lointain… Peut être le régime dirigé par les taliban vous paraît sympathique, en tous cas il n’est plus. Et après ? Effectivement, il faut s’occuper du “reste”…

    Par ailleurs, si on pouvait justifier simplement et seulement par une frontière commune l’intervention dans un pays souverain, alors nous pourrions à notre bon vouloir aller changer le régime Allemand, Suisse, voire Belge (pour leur propre bien-être, évidemment) mais pas plus… et seules la Chine ou la Corée du Sud pourraient nous débarasser du problème Nord-Coréen. Ce serait trop simple. Au surplus, les opérations “lointaines” n’existant pas, il serait inutile de se doter de capacités de projection stratégique. Bien joué, fin du programme A400M !

    Il semble que l’article initial n’avait pas vocation à magnifier le travail libérateur des superbes troupes de l’armée rouge et diaboliser l’action des hordes impérialistes sur un même terrain.

    Красная Армия всех сильней!

  • pereira

    Mon problème est que j’aime bien developper mes pensées selon les réalités vraies. Je sais pas peut être que je n’ai pas des information réelles mais si c’est vrai que la Russie et l’Afganistan ont une frontiére commune donc les Russes avaient bien pensé de proteger leurs frêres Afganes bien qu’une domination recessive soit caché mais les USA, après les evenements du Septembre 2001, dovent arreter les terroristes quelque soit leurs emplacement géographique. Excelente idée, mais des 19 presimés terroristes 15 avaient la nationalité Saoudienne: donc il fallait que les USA partent en Arabie Saoudite pour y chercher les Terroristes. Donc si les USA sont allés cherché les terroristes en Afganistan ils ont pris un chemin erroné d’ou la solution est quitté tout en laissant aux Afganes la possibilité de s’unir. Les Terrorisme est une guerre ouverte entre une force gigantesque et une autre trés reduite dans ce sens la seconde est invisible ou n’existe pas.L’impérialisme n’amenera jamais la paix au monde car les revendications seront toujours là.

  • anonyme

    Il existe un point commun entre les interventions soviétiques et US. Dans les deux cas, ces deux pays voulaient apporter la “civilisation”. Je me souviens d’un discours de Georges Marchais (secrétaire du PCF dans ces années là) disant qu’en Afghanistan, le sort des femmes n’était pas enviable, il parla de droit de cuissage. Tous les journalistes, bien entendus, se moquèrent de lui. Aujourd’hui, les USA font exactement la même chose et utilisent les mêmes arguments. Une différence cependant, les journalistes sont aux ordres et ne se moquent pas.

Laisser un commentaire