Rhin Danube Oder diversifie le point de vue.
L’Union Européenne est incapable d’une politique étrangère commune. Cela est particulièrement vrai pour ses relations avec la Russie. Nous l’avons encore constaté avec la crise géorgienne, où c’est l’intervention personnelle du Président Sarkozy qui a fait avancer les choses.
Si nous adoptons la typologie de Robert Cooper, l’UE en tant qu’acteur post-moderne des relations internationales, intéressée par des problèmes de second ordre (environnement, économie, valeurs) est incapable de communiquer avec la Russie, acteur moderne, plutôt Westphalien, pour qui la souveraineté de l’État et la sécurité sont essentielles.
En tout cas, en ce qui concerne la Russie, ce sont bel et bien les relations bilatérales, intergouvernementales, qui définissent la politique étrangère. Et justement, un des plus grands partenaires de la Russie en Europe, c’est l’Allemagne.
Ce que l’Allemagne apporte à la Russie
L’Allemagne est un marché formidable pour la Russie. La Russie ne produit presque plus rien, ne fournit que peu de services, mais exporte des ressources naturelles. Et l’Allemagne est preneur. Son ouverture sur la Mer du Nord est insuffisante pour lui permettre de profiter de réserves en hydrocarbures la-bas. Les contacts historiques avec d’autres pays sont insuffisants pour qu’elle profite d’autres gisements à bon prix. L’Allemagne n’a que de faibles réserves en gaz naturel et ne possède pas de pétrole, donc elle importe la grande majorité de ses besoins de la Russie. Des pipe-lines mènent directement de l’Oural jusque dans l’Allemagne.
Les Allemands de l’ex-RDA parlent souvent encore le Russe. Il y a également une forte diaspora russe en Allemagne, surtout ceux qui ont été naturalisés les dernières années, selon les nouvelles lois d’immigration: l’Allemagne adoptant le jus sanguinis, bon nombre de descendants d’émigrés allemands dans les régions à l’Est de l’Oural pouvaient prétendre à la nationalité allemande.
Ce que la Russie apporte à l’Allemagne
La Russie est un marché pour les machines-outil de l’industrie allemande. La Russie autorise le transit ferroviaire du matériel allemand en direction de l’Afghanistan. La dépendance vis-à-vis des exportations de gaz et de pétrole est très grande.
C’est donc une relation très unilatérale. Néanmoins, l’Allemagne est portée historiquement, géographiquement, culturellement vers l’Est. C’est réellement sa zone d’intérêt.
L’Allemagne comme démultiplicateur de la puissance russe
On peut dire que la Russie, surtout sous l’ère Poutine, mène une politique de puissance. Elle utilise la faiblesse de ses partenaires (l’UE en l’occurrence) afin de gagner elle-même en puissance. Ceci est aussi vrai avec l’Allemagne. En développant ses relations bilatérales avec l’Allemagne, la Russie évince les États baltes, la Bielorussie et la Pologne. L’exemple flagrant est la construction de l’oléoduc Northstream, qui passe dans la Mer Baltique, contournant les États baltes et la Pologne. Ceci fait paniquer la Pologne, qui historiquement a peur de ses deux grands voisins, l’Allemagne à l’Ouest et la Russie à l’Est. En réaction, la Pologne retarde et rend difficile les négociations entre l’UE et la Russie, car selon la règle de l’unanimité, elle peut tout bloquer. En divisant l’UE, les PECO font le jeu russe.
L’Allemagne est un formidable outil pour cette politique. Précisons tout de même que l’élite russe fait du “patriotisme rationalisé”. Son objectif n’est pas de nuire à ses voisins, mais bien de s’élever elle-même, de revenir à son statut de grande puissance, avec tout le prestige international qui s’en suit.
La Russie mène une politique bien plus offensive pour rappeler la Biélorussie et l’Ukraine à l’ordre, mais ce n’est pas le thème de ce billet.
Des liens personnels
Vladimir Poutine et Gerhard Schroeder s’entendaient très bien. Les contrats avec Gazprom et le siège de Schroeder dans le conseil d’administration de cette entreprise en sont les signes visibles. Merkel parle le Russe, étant donné qu’elle vient de l’ex-RDA. Poutine, ancien agent du KGB (maintenant FSB) recrutait des agents en Allemagne. Il maîtrise parfaitement l’allemand et connait bien le pays.
En fin de compte, il semble que l’Allemagne est bien plus intéressante pour la Russie qu’inversement. Pourtant, il ne faut pas croire que les Allemands ne seraient que des “clients” de la Russie. Il est habile pour les Allemands d’entretenir de bonnes relations avec la Russie et inversement, car cela représente une réelle alternative à la politique américaine. Dans un monde qui n’est plus bipolaire ni unipolaire, c’est un atout majeur.
La Russie, victime de son complexe d’infériorité séculaire, a tout intérêt à privilégier ses relations avec l’Allemagne, qui elle-même est très heureuse de bien s’entendre avec la Russie. Aussi réaliste que l’on peut être, le jeu diplomatique ici n’est pas à somme nulle – la somme est bien positive.
Victor Fèvre
RDO





Frédéric // mai 16, 2009 at 9 h 01 min
On voit encore aujourd’hui le fait que l’UE n’a pas de politique économique commune au sujet de la Russie avec ses histoires d’oléoducs.
Berlusconi et d’autres à laissé tombé Nabuco pour se ranger du coté du projet russe…