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Edito : à propos de sécurité nationale

mai 11th, 2009 · 7 Comments · Édito

Le concept de sécurité nationale apparaît à la fois dans le traité de Lisbonne et dans le Livre Blanc. On le comprend habituellement comme la réunion de la sécurité extérieure et de la sécurité intérieure, même si la chose est probablement bien plus complexe que ça, et si on a du mal à la distinguer de la notion de “défense nationale”.

Il s’agit seulement de remarquer qu’on est en présence du principal débat stratégique contemporain, et qu’il est rarement énoncé. Proposons donc une présentation qui permette, au risque de la simplification, d’en faire apercevoir les enjeux. Voici :

En Europe, pour tout un tas de raisons, la guerre n’est plus possible. Comme elle n’est plus possible, l’armée ne sert plus à grand chose, sinon à des opérations de police (maintien de la paix) à l’extérieur (comprendre : hors d’Europe, donc loin de nos intérêts vitaux). Quelle utilité trouver, dès lors, à l’armée ? En revenant au “monopole de la violence légitime” de Max Weber : l’armée est une sorte de police un peu plus spécialisée. En fait, on la distingue mal de la police tout court. Et en poussant le raisonnement un peu plus loin, on verrait bien une fusion du ministère de l’intérieur avec celui de la défense“.

Qui jurerait que certains responsables (politiques, économiques, culturels, …) ne tiennent pas, confusément, un tel raisonnement ?

Cette présentation est bien évidemment provocatrice par son simplisme exacerbé. Car si la plupart des spécialistes s’intéressent, aujourd’hui, aux guerres irrégulières et aperçoivent que les armées “régulières” développent des capacités légèrement “irrégulières” (les forces spéciales), rares sont ceux qui notent la dilution à l’autre bout du spectre, amenant les unités militaires à utiliser des techniques policières de maintien de l’ordre.

Alors, et même si j’ai, personnellement, des réponses, la question se pose : doit-on restreindre l’armée à n’être qu’un instrument de défense,  ou l’élargir à devenir un instrument de sécurité nationale ? Et dans quelle mesure doit-on conduire cet élargissement éventuel de sa fonction ?

O. Kempf

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7 Commentaires jusqu'à présent ↓

  • ZI

    Les américains se plaignent régulièrement de l’excessive militarisation de leur politique étrangère, et même au plus haut niveau, voir les discours de Gates sur la nécessité de renforcer le département d’Etat et l’USAID.

    Vous me direz qu’on en est encore bien loin en France mais pour dire les choses simplement: il ne faut pas mélanger torchons et serviettes. Les militaires ne sont pas des policiers, la meilleur preuve c’est qu’on fait appel au policier pour former leurs homologues afghans ou irakiens. D’ailleurs en Afghanistan, il y aussi des plaintes concernant une excessive militarisation du maintiens de l’ordre.

  • Max La Menace

    Quand bien même la définition proposée aurait pour objet une présentation sommaire ou une volonté de vulgarisation, je n’ai jamais rien vu d’aussi ridicule.
    N’importe quel pékin connaît la différence entre l’armée et la police, en termes de missions et de capacités.
    Quant à dire qu’une guerre n’est plus possible en Europe, cela relève de la désinformation béatifiante.
    Décidémment, il n’y a que dans la tête de certains soi-disants pensants que peut émerger de tels non sens.

  • Marius

    @ZI
    Erreur! Erreur grossière, même!
    Non, on ne fait pas appel à des “policiers” pour former leurs homologues afghans. Cà, c’était l’idéee de Sarko…
    Problème: aucun volontaire por partir en zone de guerre, et quitter son petit confort bourgeois, avec plusieurs boulots, policier, bricoleur au noir, et divers petits traffics (influence ou autres), qui permettent de mettre du beurre dans les épinards, façon ripoux.
    Alors on enverra les gendarmes. Leur statut militaire est économique, et permet de les projeter sans difficultés.
    Mais que fera-t-on quand la Gendarmerie, complètement et définitivement intégrée au Minint, aura disparue, fondue dans la Police Nationale, avec mêmes écoles, mêmes spécialités, mêmes “affaires”, mêmes status?
    Pauvre bêtise d’un Pdt antimilitariste car blingbling, et donc ne comprennant pas et ne croyant pas au désintéressement de ses soldats…

  • ZI

    “Non, on ne fait pas appel à des “policiers” pour former leurs homologues afghans. Cà, c’était l’idéee de Sarko…”

    Le travail de formation de la police afghane avait été confié à l’Allemagne qui utilisait pour ce travail des policiers.
    Depuis les choses ont changés et je ne connais pas l’arrangement actuel mais l’idée que l’entrainement de la police ne devait pas relèver des militaires demeure en théorie.

  • A.g.

    Merci Marius, très agréable considération pour le policier que je suis.
    C’est bien la France par son Service de Cooperation Technique Internationale de Police qui forme les policiers

  • A.g.

    Erreur technique, je poursuis,
    …les policiers afghans.
    Ceux ci avaient dans un premier temps été invités en formation sur le territoire national mais avaient “disparus” un matin…
    Hé non, on n’envoie pas de gendarmes et c’est aussi bien car pour avoir fait les deux ce qu’ils font dans nos campagne n’est pas de la police, du renseignement, de la présence du maintien de l’ordre ponctuel mais rien de comparable a l’action policière. Statistique d’affaires traitées à l’appui rapportées au pourcentage de territoire couvert et méthode de travail comparée pour avoir pratiqué les deux institutions. Parenthèse l’absence “d’affaires” n’est due qu’a la grande discrétion que permet le statut de militaire avec la difficulté qu’à la justice et la presse à fouiner dans les casernes pourtant parfois peu reluisantes. Quant au travail au noir, faites quelques vendanges pour voir, mais passons…
    Le mélange des genres, militarisation des moyens de police évoqués plus haut et paradoxalement judiciarisation des actions militaires n’est malheureusement qu’une adaptation à d’une part, la radicalisation des moyens de l’opposition qui ne fait pas elle de différence face aux personnels rencontrés et les recours internationaux devant les tribunaux qui semblent découler de n’importe quelle action militaires, parfois au dépit du bon sens commun.

  • popol

    Merci à O. Kempf tout d’abord pour cet édito. Comme il le souligne, très justement, le livre blanc est largement passé “à côté” d’une définition de la sécurité nationale, parfois qualifiée de “collective” (Revue de défense nationale, RDN) ou de “globale”.
    C’est que la question est très difficile et sensible car, n’en déplaise à quelques uns, qu’est-ce qui différencie sur le fond un soldat d’un policier aujourd’hui (cf. présence de militaires dans les gares dans le cadre de vigipirate) ? L’engagement jusqu’au don de soi, la légitimité dans l’emploi de la violence armée, la mort donnée et reçue… ?
    A cet égard, il convient de souligner -alors que la RDN célèbre, assez discrètement son 70ème anniversaire- le silence assourdissant, en France, des penseurs des questions militaires sur ce sujet et l’incapacité générale à penser ces sujets de manière transversale, seule capable d’en saisir la complexité dans le contexte du XXIè siècle.

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